In memoriam | Charles Bézie

Charles Bézie | Varades | France | 1934-2026

Charles Bézie appartient à une génération d’artistes qui, à partir des années 1970, poursuivent en France les recherches de l’abstraction géométrique en renouvelant ses principes de construction. Son travail se développe autour de la ligne, de la géométrie et du rythme, avant d’intégrer progressivement les nombres et les systèmes numériques comme éléments de construction de la peinture. Cette évolution conduit son œuvre des premières recherches graphiques aux séries fondées sur les progressions numériques et la suite de Fibonacci.
Il suit les cours de l’École d’art de Saint-Nazaire de 1951 à 1955, puis poursuit sa formation à l’Académie Jullian à Paris en 1957-1958 et à l’École des Beaux-Arts de Reims en 1958-1959. Il s’installe à Paris en 1960, où il vit et travaille jusqu’à la fin de sa vie. Sa première exposition personnelle a lieu en 1974 à la galerie Simone Heller à Paris.
À partir de 1974, Bézie développe une recherche fondée sur les lignes horizontales, verticales et diagonales. Il qualifie cette première période de « graphique ». Il travaille alors à partir de réseaux de lignes fines dont l’organisation tend à rendre moins immédiatement perceptible la structure géométrique de la composition. La ligne constitue à la fois l’unité élémentaire de ses œuvres et le moyen d’organiser la surface.
Au cours de cette période, les lignes évoluent progressivement en bandes plus larges et acquièrent une fonction de signe. Cette transformation conduit notamment à la série « Quadrille », dans laquelle les éléments linéaires organisent la surface selon différentes configurations. La recherche porte alors sur les relations entre les lignes, les intervalles et les divisions du plan plutôt que sur la représentation d’une forme géométrique déterminée.
En 1995, Bézie abandonne les diagonales et oriente son travail vers une recherche fondée sur les nombres. Les chiffres pairs et impairs, les progressions et les relations numériques deviennent progressivement des éléments de construction de ses compositions. Les nombres ne sont pas représentés comme un sujet mais utilisés comme des principes permettant de déterminer les divisions, les répétitions et les rythmes de la surface.
Cette nouvelle orientation donne notamment naissance aux séries « Gradations » et « Cadences ». Dans « Gradations », les divisions successives de la surface produisent des structures dans lesquelles les rapports entre les éléments sont déterminés par des progressions numériques. « Cadences » poursuit cette recherche à travers des organisations fondées sur la répétition, la régularité et les rapports entre les différentes parties de la composition. Les deux séries développent ainsi différentes possibilités de traduction visuelle d’une structure numérique.
À partir de 2003, la suite de Fibonacci devient un élément central de la recherche de Bézie. La relation entre les termes successifs de la suite lui fournit un nouveau système de proportions et de divisions de la surface. Cette recherche conduit à la période « Suite Fibonacci », développée de 2003 à 2007, dans laquelle les rapports numériques déterminent l’organisation des compositions.
En 2007 commence la période « Fiborythm », qui se poursuit jusqu’en 2014. Le titre associe directement Fibonacci et rythme et désigne une recherche dans laquelle les progressions numériques sont traduites en relations visuelles et rythmiques. La construction des œuvres repose sur la répétition, la progression et les rapports entre les différents éléments de la composition.
De 2015 à 2019, Bézie développe la période « Ortholude ». Les structures orthogonales, les divisions de la surface et les relations entre les éléments géométriques deviennent les principaux paramètres de cette nouvelle série. Comme dans les périodes précédentes, la composition procède d’un ensemble de règles qui déterminent les rapports entre les parties plutôt que d’une forme préétablie.
La couleur intervient dans ces recherches comme un élément de construction et de différenciation des surfaces. Elle participe aux rapports entre les différentes zones de la composition, tandis que les lignes, les bandes et les divisions géométriques déterminent l’organisation générale du plan. Le travail sur la matière et la superposition des couches contribue également aux relations entre les différents éléments.
Bézie pratique également le dessin et la sérigraphie. La dimension sérielle occupe une place importante dans son œuvre : les différentes périodes correspondent à des systèmes de construction qui donnent lieu à des ensembles d’œuvres liés par des règles communes. Chaque série constitue ainsi une nouvelle étape dans l’exploration des rapports entre nombre, géométrie, rythme et espace pictural.
Son travail est présenté dans le contexte de l’abstraction géométrique française et notamment dans celui des Réalités Nouvelles, auxquelles il participe au cours de sa carrière. En 2020, la Galerie Wagner présente l’exposition « Chiffres à l’appui », consacrée à plus de quarante-cinq années de recherches sur les lignes, les chiffres et les rythmes. L’exposition réunit des œuvres appartenant aux différentes périodes de son parcours et permet de suivre l’évolution de ses systèmes de construction, des premières recherches graphiques aux travaux fondés sur les progressions numériques.
Dans un entretien publié en 2022 par l’Université de Caen Normandie, Bézie revient sur l’évolution de sa pratique et sur l’utilisation des nombres dans sa peinture. Il y présente notamment les différentes périodes de son travail — « Gradations », « Cadences », « Suite Fibonacci », « Fiborythm » et « Ortholude » — comme les étapes successives d’une recherche poursuivie sur plusieurs décennies.
L’œuvre de Charles Bézie se construit ainsi par le passage d’un système à un autre, sans abandonner les principes qui structurent l’ensemble de sa recherche : division de la surface, répétition, proportion, progression et rythme. De la ligne des premières œuvres aux systèmes numériques des périodes ultérieures, la géométrie constitue le cadre d’une recherche sur les relations entre les éléments qui composent la peinture.