Geneviève Claisse | Quiévy | France | 1935-2018
Geneviève Claisse est une figure majeure de l’abstraction géométrique française, son œuvre s’inscrit dans une recherche rigoureuse et constante sur la forme, la couleur et la construction, développée sur plus de six décennies et caractérisée par une grande cohérence formelle et conceptuelle.
Sa vocation picturale naît très tôt à la lecture de la revue Art d’aujourd’hui, publication essentielle dans la diffusion et la défense de l’abstraction géométrique après la Seconde Guerre mondiale. Cette découverte joue un rôle déterminant dans son orientation artistique, en l’amenant à concevoir la peinture comme un champ d’expérimentation structuré, fondé sur des principes rationnels et perceptifs.
En 1953, Geneviève Claisse rencontre Auguste Herbin, auquel elle est apparentée. Cette relation marque profondément sa formation artistique. En 1959, après qu’Herbin a été atteint d’hémiplégie, elle devient son assistante, collaborant étroitement à son travail et approfondissant sa compréhension des systèmes plastiques et de la pensée constructiviste. Cette proximité intellectuelle et humaine constitue un socle fondamental dans l’élaboration de son propre langage.
Ses premières expositions ont lieu en 1958 à Paris et à Cambrai. Dès le début des années 1960, son travail attire l’attention de Denise René, qui l’expose régulièrement dans ses galeries et lui offre une visibilité internationale. À partir de 1961, Geneviève Claisse présente des œuvres construites et participe de manière continue à des expositions à Paris, Copenhague, Leverkusen, Lausanne et Londres, affirmant une position singulière au sein de l’abstraction géométrique européenne.
En 1964 apparaît le thème des cercles, présenté sous le titre Terre-siècle. Cette forme devient un motif central de son œuvre, que l’artiste explore de manière systématique sans jamais en altérer le graphisme fondamental. Les variations portent sur les rapports chromatiques, les proportions et les tensions spatiales, révélant les potentialités perceptives et structurelles du cercle. Les recherches menées dans ce cadre trouvent une expression synthétique dans l’album de sérigraphies Cercles, publié en 1967.
Parallèlement au cercle, d’autres formes simples émergent dans son travail, notamment les triangles, conçus comme des éléments autonomes, affranchis de la composition traditionnelle et des procédés combinatoires classiques. À partir de 1964, Geneviève Claisse transpose ces formes à une échelle architecturale, notamment avec un ensemble mural réalisé pour le hall de la société SCAC à Puteaux, affirmant la capacité de son vocabulaire abstrait à dialoguer avec l’espace construit.
En 1965, sa participation à la Biennale de Paris est remarquée avec des œuvres telles que Alpha-Ville, en rouge et blanc, et Situations, en noir et blanc. L’introduction de nouvelles dimensions et de permutations formelles ne se fait jamais au détriment de la lisibilité de la forme ni de la composition. La construction demeure synthétique et maîtrisée, la technique étant constamment mise au service de la création, selon une conception exigeante et réfléchie du travail artistique.
En janvier 1967, le musée des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds présente une exposition couvrant dix années de production. La même année, Geneviève Claisse réalise la décoration du bassin du pavillon français à l’Exposition universelle de Montréal, confirmant la reconnaissance internationale de son œuvre et son aptitude à intervenir dans des contextes monumentaux et collectifs.
Entre 1986 et 1995, elle représente la France au sein de l’Association internationale des arts plastiques, placée sous l’égide de l’Unesco. En 1993, elle publie le catalogue raisonné de l’œuvre d’Auguste Herbin, fruit de dix années de recherche approfondie, travail pour lequel elle reçoit le prix Élie-Faure en 1994. Cette publication constitue une contribution majeure à l’histoire de l’abstraction géométrique.
En 2015, le musée Matisse du Cateau-Cambrésis lui consacre une rétrospective d’envergure, accompagnée de la réalisation d’une œuvre in situ. Cette exposition souligne la continuité et la pertinence de son œuvre, fondée sur une exploration méthodique des formes simples et sur une conception exigeante de la peinture comme construction mentale et visuelle.