Architecte-Artiste | Galerie Abstract Project

David Apikian, Natacha Caland, Emmanuelle Chandler, Guillaume Chaussé, Aleth de Crécy-koch, Hernan Jara, Carlos Jullian de la Fuente, Nishan Kazazian, Kirkor, Atsushi Kobayashi, Viatcheslav Koleytchouk, Dmitri Kozlov, Claude Lelong, Prospero Moryusef, Ines Silva, Madeleine Sins, Gianfranco Spada, Ada Weber, Marian Weber.

6/11 – 16/11 2019

Galerie Abstract Project | Paris | France

L’exposition Architecte‑Artiste réunit des œuvres qui explorent la forme, la structure et l’espace dans une logique où la pensée constructive devient matrice de la création plastique. Plutôt que de reprendre des motifs architecturaux, ces pratiques mobilisent des systèmes formels — géométrie, rythme, répétition, variations modulaires — pour produire des configurations visuelles où l’organisation interne des éléments prend le pas sur toute référence narrative. C’est une abstraction qui articule l’ordre et la perception, la définition et l’indétermination, en transformant chaque surface en champ d’interrogation spatiale.
Plusieurs artistes présents abordent la forme comme une entité auto‑organisée. Dans le travail de David Apikian, la dimension mathématique est particulièrement apparente : ses compositions s’appuient sur des relations géométriques rigoureuses qui rappellent des structures algébriques ou topologiques. Les lignes et les plans ne se contentent pas de composer des surfaces ; ils fonctionnent comme des réseaux organisés selon des principes de symétrie, de transformation et de répétition qui peuvent être interprétés comme des figures mathématiques. Cet ancrage dans des principes formels fait du plan pictural une grille de relations où chaque élément trouve sa place dans une organisation dont la logique interne est mesurable et cohérente sans renvoyer à une image extérieure.
Hernan Jara met aussi en avant une conscience systématique de la forme, mais dans une dynamique où les modules se répondent comme des pièces d’un ensemble ordonné. Ses configurations s’élaborent à partir de répétitions et de variations qui créent des réseaux modulaires, des suites et des séquences visuelles qui structurent l’espace pictural. Chez Jara, la géométrie ne se limite pas à des motifs isolés : elle devient un processus de mise en tension qui engage autant l’œil que l’intellect.
La pratique de Gianfranco Spada illustre une autre manière d’exprimer cette tension entre la rigueur formelle et une liberté de lecture. En s’inscrivant dans une démarche qualifiée de neopurisme, Spada réduit la forme à ses éléments essentiels afin de révéler l’ordre interne des compositions. Ses pièces privilégient des géométries claires, des surfaces planes et des rapports d’équilibre qui renvoient à des principes tectoniques implicites : l’œuvre ne se contente pas d’être une forme isolée, elle devient un système autonome, organisé selon des lois internes de proportion, d’équilibre et de contraste.
D’autres artistes de l’exposition explorent des stratégies similaires à travers la modulation de plans, la superposition de surfaces ou la répétition sérielle des éléments. Les compositions créent des relations où les zones pleines et vides dialoguent, où les contours et les intersections produisent des rythmes visuels qui orientent le regard. Certains travaux exploitent la transparence et la superposition pour engendrer des effets de profondeur, tandis que d’autres structurent l’espace en alternant densités et légèretés.
L’ensemble de l’exposition met en lumière une pensée de la forme comme organisation active. Ici, la géométrie ne fonctionne pas comme un simple motif décoratif, mais comme un principe d’articulation. Les œuvres proposent des parcours perceptifs où la logique constructive de la forme se confond avec le geste plastique, et où la structure s’offre comme expérience visuelle. Architecte‑Artiste invite à percevoir l’abstraction contemporaine dans une continuité de dialogues formels, où la forme, l’espace et la structure ne sont pas des données statiques mais des processus ouverts et interrogatifs.